Partager l'article ! [84] Everything in its right place ♪: J’ai l’imp ...

J’ai l’impression de tomber, encore et toujours dans un puits sans fond. Il y a un mois, mon père est décédé. Je me retrouve avec un vide indéfinissable à combler. Je ne me suis toujours pas débarrassée de mes « problèmes ». Anorexie, déprime, Julien, tout est toujours là, bien présent. Je vois un psy, à ma fac.
Etant redevenue grosse, je suis redevenue transparente, invisible. Je suis redevenue la fille que l’on bouscule sans même s’en apercevoir, cette ombre que tout le monde ignore. Alors je flotte, de jour en jour, de nuit en nuit passées à regarder chaque détail de mon plafond faute de trouver le sommeil, de semaine en semaine à attendre quelque chose. Je patiente, j’attends ce que je ne saurais même pas définir.
Après un an à Lille, j’ai de nouveau atteint et même un peu dépassé le poids par lequel tout à commencé. Je me suis donc mise au régime, avec de vrais conseils prodigués par une diététicienne. Ca n’a pas fonctionné, je m’ennuyais dans mon assiette. Alors, depuis peu, je m’astreins à ne pas dépasser les 1000 kcals par jour. Si je veux manger sucreries et gâteaux, je me dis que je peux, mais que je devrais quand même ne pas dépasser ce seuil. Alors je ne le fais pas, je ne prends plus de petit-déjeuner, je mange presque normalement le midi, et le soir je me contente d’une soupe. J’ai perdu quatre kilos. Misérable chiffre sur la balance, qui diminue bien moins vite qu’avant. Mais j’avais promis de ne plus dégénérer…
Je n’ai pas pu m’empêcher de me faire vomir, deux fois en un mois. Je m’en suis voulue, mais j’ai à nouveau ressentit cette fierté stupide de se dire qu’au moins, je suis capable de me prendre en main.
Pourtant, je ne suis plus seule, j’ai Florent, toujours là quand j’en ai besoin. Il dit que je lui plais, qu’il faudrait que je me voie avec ses yeux, et qu’alors enfin je me trouverais belle. Comment y arriver, alors que lui-même n’arrive pas à définir précisément ce qui lui plaît chez moi, qui me répond sans cesse que « c’est ma personne en général ». Comment arriver, quand je me tiens droite devant le miroir, à trouver ce ventre beau, alors qu’il dépasse de tous mes vêtements ; à trouver ces cuisses belles, alors qu’elles frottent inlassablement l’une contre l’autre ; à trouver cette poitrine belle, alors que ma seule envie est de la voir disparaître.
J’ai tellement hâte de redevenir « comme avant »…