Partager l'article ! [82] Liquefy ♪: Je ne sais pas pourquoi, mais je ...

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense toujours autant à Julien. Les examens approchent, et je n’y pense que toujours plus. Je dors de moins en moins, les cachets redeviennent la solution de facilité. Je puise sur les réserves accumulées l’année dernière, quand je ne prenais pas ce qu’on me prescrivait. Mais malheureusement, celles-ci s’amenuisent de plus en plus.
Je me dis que c’est le fait d’avoir passé la première année, le 25 janvier. Mais depuis, pourquoi la cicatrice ne s’est-elle pas refermée ? Pourquoi j’ai toujours mal, pourquoi j’y pense ? A Lille, personne ne le sait. Parfois, je rêve que toutes les personnes que je connais dans cette nouvelle ville se regroupent, m’encerclent, me pointent du doigt et me traitent de meurtrière.
Je suis seule, désespérément. Sur les conseils d’un ami, je vais aller voir un psychiatre. Retour à la (presque) case départ. Retour aux durs moments durant lesquels il faut se présenter, expliquer pourquoi l’on vient. Se dévoiler à un inconnu, parler, parler pour ne rien dire, en dire trop quand même.
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Je me rappelle ta voix, ton
odeur, ton souffle, ta taille, tes cheveux. Je me rappelle les menaces, et les pleurs le jour où je t’ai quitté. Je me rappelle la culpabilité et la peur que tu passes à l’acte. Je me rappelle
l’agacement que ta voix me procurait. Je me rappelle ta voix, encore, ce dernier jour. Je me rappelle ton dernier mot, « je t’aime » ; puis les coups de fils frénétiques pour
joindre la gendarmerie de ta région. Je me rappelle l’agent, blasé, qui me disait avec son accent du sud que tu faisais ça pour m’effrayer. Je me rappelle moi, criant que ce n’étais pas ton
genre, hurlant ma détresse. Je me rappelle le retour chez mes parents, moi expliquant tout à ma mère alors que leurs amis étaient encore dans la pièce d’à côté. Je me rappelle les appels de la
police, qui avaient enfin réagit quand c’était ton père qui les avait contacté. Je me rappelle la voix de l’agent, à nouveau, un autre qui paraissait me désigner comme la seule coupable. Je me
rappelle la nuit, blanche, longue, douloureuse. Je me rappelle le départ pour le lycée, puis mon téléphone que je voyais sonner toute la matinée. Je me rappelle, 12h13, heure à laquelle
j’entendais le message de ton père qui me disait que c’était fini. J’ai pleuré, et j’ai crié. J’ai appelé Kiéran, pour lui dire que je ne viendrai pas en cours cet après-midi. Je me
rappelle la gendarmerie de mon département, la longue attente dans ce local gris et froid, puis l’interrogatoire, et le procès verbal. Puis, plus rien. Mon frère, qui m'emmène discuter. Les
heures passées sous la couette. Le lendemain sans aller en cours. Le mercredi y retourner. Partir en courant du cours d'EPS. Ne pas répondre aux cris des élèves et du professeur. Vouloir partir à
mon tour...
Pardonne-moi.