J’ai l’impression d’avoir un gouffre, à l’intérieur de mon ventre. Un gouffre qui ingurgite chaque once de nourriture qu’il peut. Un gouffre qui commence à m’avaler, moi, moi sans qui il n’existerait pas. Je me sens, littéralement, comme aspirée de l’intérieur. Tout me ronge, m’envahit, me dévore, me digère avant de peut-être un jour me laisser en paix. Ana, Julien, Papa… Et l’impression que je ne m’en sortirai jamais.
Je ne parle plus pour grand monde, ici, à part pour moi, Lili, et quelques visiteurs perdus que Google a fait échouer ici. Ce blog est presque redevenu le repère secret qu’il était à ses débuts. J’ai fait une crise, aujourd’hui, en dévorant en une seule fois le plat que j’avais préparé pour qu’il me nourrisse pour trois repas. Alors, j’ai vomi. Plus difficilement, plus douloureusement qu’avant. Et, pour la première fois depuis longtemps, je n’ai pas été fière. J’ai eu honte, même. Honte de voir que c’est mon sang qui affleurait sur mes lèvres. Honte de voir que ce sont mes tripes qui se noyaient dans les toilettes. Honte de voir que je n’ai pas été capable de tenir une promesse. Honte de réaliser que mon père n’aura jamais connu la petite fille idéale qu’il rêvait d’avoir. Car finalement je n’aurais jamais été, de son vivant, cette petite fille puis cette jeune femme féminine, portant du rose, bien coiffée, parlant doucement d’une voix claire, bien habillée. Je caricature, mais non, il aura connu cette enfant devenant grosse à l’âge de 6 ans, puis ce garçon-manqué qui perdurera jusqu’au collège, puis cette ado incapable de s’habiller, puis plus rien…
Mes études de droit me laissent à penser qu’un jour, je serais avocate, magistrate, cadre… Et alors je m’imagine, fine, belle, bien habillée. C’est cette personne là que j’aurais voulu qu’il connaisse.
A quoi servirait-il de répéter que je me sens grosse, laide, débordant de toute part, affreuse. A rien. Mais revenir chaque jour un peu plus sur ce blog me fait réaliser à quel point je resaute à pieds joints dans ce monde qui n’a jamais cessé d’être le mien.
Etrangement, chaque réminiscence de l’anorexie me redonne envie de fumer…